Une première à Paris pour Robert Valley

Depuis le 17 avril, la galerie Arludik expose les oeuvres de Robert Valley, l’artiste derrière les clips du groupe Gorillaz. L’occasion pour l’amateur d’arts graphiques de découvrir l’univers rock et coloré du dessinateur de Vancouver. Le travail de Jorden Oliwa, disciple de Valley, est également présent.

Première expo à Paris pour l’une des figures de la BD et de l’animation alternatives. Jean-Jacques et Diane, les deux galeristes d’Arludik, n’en sont pas à leur coup d’essai. En effet, la galerie de l’Île Saint-Louis milite depuis 2004 pour la reconnaissance des arts contemporains qui mêlent BD, jeux video, mangas et animation. Quoi de plus logique d’accueillir Robert Valley et Jorden Oliwa. Si ce dernier demeure un artiste pour le moins distant avec les médias, son maître à dessiner reste célèbre pour ses travaux comme la résurrection en 2010 du dessin animé Tron pour le compte des studios Disney, ou ses animations dans le jeu video The Beatles: RockBand l’année précédente. En revanche, comme pour la plupart des artistes de son milieu, ses oeuvres sont bien plus célèbres que le nom de leur propriétaire. Un milieu où se mêle le goût pour les musiques alternatives ou métissées, telle le trip-hop ou le rap; le style de vie qui s’y rapporte, digne héritier du « sex, drugs an rock n’ roll »; avec la volonté (ou provocation) d’en faire l’apologie. Ne pas oublier que Valley vient de Vancouver, une ville presque jumelle de Seattle qui a vu naître Jimi Hendrix et le grunge (Kurt Cobain et Pearl Jam).

De Vancouver à San Francisco

Bières et clopes, les deux ingrédients du rock

Entre ces murs, maître et élève ont en commun cet amour pour les couleurs chaudes, les formes longilines et les cadrages originaux. Signe que l’on reste dans l’underground, leurs oeuvres sont toutes imprimées sur des toiles numériques. Façon avant-gardiste de procéder, le dessin est directement reproduit sur la toile par infographie. Robert Valley attrape très vite le virus de la BD et commence à dessiner à l’âge de cinq ans, poussé par son grand-frère John. La suite? Quatre ans de formation à Vancouver pour parfaire ses talents de dessinateur. On le retouve finalement au début des années 90, à San Francisco, nid de la culture underground américaine,  alors qu’il commence à travaille chez Colossal Pictures, en 1993, une société de publicités et de cinéma avec des clients Nintendo, Coca-Cola ou Nike. Il quitte l’entreprise en 1996 pour fonder sa propre agence, Maverix Studios, qui regroupe plusieurs artistes dont certains qu’il a cotoyés chez Colossal qui ferme ses portes en 1999. Son désir d’indépendance le pousse finalement à pratiquer en free-lance. Maverix survit à son départ et demeure une société pointue en matière d’animation et de dessin. Depuis 2002, on le retrouve comme réalisateur pour les clips du groupe anglais Gorillaz. Fort de son succès, il revient à des projets plus personnels comme son comics Magic Swerve. 

Un court-métrage en 120 jours

Une performance. Pear Cider and Cigarettes, ou l’art de se lancer un défi. L’expo proposée par Arludik est tout à fait spéciale pour Robert Valley. Après en avoir terminé avec Tron, il souhaite revenir à un projet qu’il réalisera lui-même. Il se donne donc 120 jours, soit quatre mois, pour mettre en scène son court-métrage (Pearl Cider and Cigarettes). Un tour-de-force dont il a montré l’avancement jour après jour sur son blog. .Au programme : rock, alcool et filles, rien d’étonnant quand on sait que Valley compte des passages remarqués chez DC Comics et Heavy Metal. Fort de son expérience dans le monde de l’animation, ce court métrage rompt avec la tradition du dessin animé. Composé d’une juxtaposition de dessins, sans parole, le texte qui sert à la narration apparaît en sous-titre. Une formule qui rapproche ce montage de la lecture case par case d’une bande-dessinée.  Si le spectateur découvre un univers de fête, si l’on devine le plaisir de l’ivresse, de la danse et des orgies, l’envers du décor est plus grinçant. La spirale de l’alcool, une fuite en avant vers l’enfer de la drogue, les pulsions suicidaires et l’autodestruction. Dans ce théâtre urbain de noctambules fêtards, la lumière artificielle magnifiée par le travail autour des réverbères ou des phares de voitures a quelque chose d’étrange, de lugubre presque nihiliste.

Peinture originale pour cette poupée

La gente féminine en vedette

Comme il le confie récemment à Casemate,  l’artiste privilégie la tablette graphique pour réaliser ses dessins qu’il peut ensuite triturer grâce à Photoshop, son logiciel de prédilection. Pour cette expo, ses travaux sont proposés sur toile numérique, comme ceux de  son disciple, le mystérieux Jorden Oliwa, alias Johnny Gonzo. Ce dernier se fait très discret dans l’univers de BD. Les toiles qu’il expose montrent un goût prononcé pour la gente féminine et ses formes généreuses, magnifiées par des couleurs pétillantes. A la pointe de l’inédit les ouvrages de Robert Valley et Jorden Oliwa ne sont pas encore traduits en français. En proposant deux artistes venant de l’underground américain, la galerie Arludik ravira tous les amateur de rock qui apprécieront les nombreux clins d’oeil et adopteront sans hésiter cet univers noyé dans l’alcool, rythmé par les bass, les riffs sauvages et le déhanchement sexy des filles poussé à outrance par les distortions des cadrages. A découvrir jusqu’au 5 mai.

François Juster

-> Robert Valley & Jorden Oliwa, du 17 avril au 5 mai, chez Arludik, 12-14 rue Saint-Louis en L’Île, 75004 Paris
Galerie ouverte du mardi au samedi, de 14h à 19h

-> Le blog de Robert Valley 

-> Le blog de Jorden Oliwa

 

Pearl Cider and Cigarettes, le court-métrage

The Beatles: Rock Band, animations de Robert Valley 

On Melancholy Hill, de l’album Plastic Beach (2010), clip de Gorillaz